J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux, 1954, London, George Allen and Unwin (Édition originale anglaise)

Philologue et professeur à l’université d’Oxford, J.R.R. Tolkien publie Le Seigneur des anneaux en 1954-1955, une œuvre encyclopédique, un monde reconnu comme complet et quasi-exhaustif, dont le lore devient un domaine d’expertise en tant que tel, légitimisant l’émergence d’une expertise amateure. Même si cet auteur n’est pas le premier à écrire de la fantasy, le succès du Seigneur des anneaux lui confère, pour certains auteurs, le titre de père de la fantasy et permet l’émergence d’un fandom original. Cependant ce n’est que dans les années 1960, lors de la publication en format de poche, qu’émerge une première communauté de fans originale, constituée d’étudiants américains sensibles à une lecture contestataire de l’œuvre.

Vue de l’exposition du Greisinger Museum, Jenins, Suisse (www.greisinger.museum/fr/)

En effet, J.R.R. Tolkien a produit un univers complet et diversifié, présentée au travers de quatre œuvres principales : Bilbot le Hobbit, Le Seigneur des anneaux publiés de son vivant, ainsi que deux œuvres posthumes, Le Silmarillion et Histoire de la Terre du Milieux (12 volumes). A ce premier corpus, viennent se greffer un certain nombre d’ouvrages périphériques. C’est au travers de cet ensemble que se construit un lore achevé et complet permettant à l’amateur de se spécialiser dans certains domaines d’expertises spécifiques

1ère carte de l’Atlas géopolitique du Beleriand par Simon Ayrinhac (www.jrrvf.com)

Ainsi, le site www.jrrvf.com, l’une des principales plateformes internet consacrées à l’œuvre de J.R.R. Tolkien, permet d’accéder aux travaux de Simon Ayrinhac qui a reconstitué un atlas géopolitique du Beleriand, une région de la Terre du Milieu dont l’histoire est exhaustivement retracée dans Le Silmarillion.

Arbre généalogique du quenya (www.quenya.com)

De la même manière, les langues élaborées par J.R.R. Tolkien pour donner corps à ses créatures sont également l’objet d’expertises propres. En effet, chaque peuple de la Terre du Milieu possède sa langue propre, le quenya et le sindarin parlé par les Elfes étant les plus mieux connues, pour lesquelles il existe des dictionnaires. Cependant, les autres peuples ont également des langues propres et construites par le philologue, à l’exemple des Hommes qui parlent l’adûnaic et le westron, ou des Nains qui s’expriment en khuzdul. Chaque langue s’inscrit dans une approche philologique et il est donc possible d’en reconstituer les liens de parenté et les évolutions. Par l’élaboration du « mot », l’œuvre de J.R.R. Tolkien dépasse l’œuvre de fiction pour devenir la genèse d’un autre monde.

Carte de la Terre du Milieu
(https://dailygeekshow.com/roman-inedit-tolkien/)

L’univers de la Terre du Milieu peut également être expertisé par les amateurs par le biais des processus créatifs qui ont permis son émergence. Ainsi, les documents de travail de J.R.R. Tolkien permettent d’appréhender les modalités de construction de cet univers qu’illustrent un certain nombre de cartes, de prises de notes diverses, de constructions de langues, voire des éléments décoratifs conçus pour les civilisations envisagées.

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