Affiche de la représentation de Sherlock Holmes, pièce mise en scène par Charles Frohman, 1899

Publiées en feuilleton dans les colonnes du Strand Magazine dès 1883, les aventures de Sherlock Holmes suscitent immédiatement l’enthousiasme des lecteurs. Très rapidement les sherlockania (terme utilisé pour caractériser les productions du fandom de Sherlock Holmes) se développent, diffusant une des premières cultures fans. S’inscrivant à une période charnière de l’histoire culturelle, la diffusion de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle bénéficie en effet de l’essor de la culture du papier, illustrée par le développement de la presse à grand tirage et des capacités de production de livres. L’accessibilité de l’objet littéraire permet ainsi une plus grande diffusion de l’œuvre. De la même manière, la structuration du fandom va s’inscrire dans son époque.

Bulletin de la Commission historique du Nord, 1862

En effet, le XIXe siècle et le développement des classes sociales intermédiaires qu’implique la révolution industrielle, permettent le développement de structures valorisant l’expertise des amateurs. C’est le cas par exemple des différentes sociétés savantes qui se créent à l’échelle des territoires les plus variés : par exemple la Commission historique du Nord ou la Société de géographie de Lille réunissent des membres cooptés au sein des individus, professionnels ou amateurs, reconnus pour leur contribution à l’objet d’étude de la structure. C’est sur ce même mode de fonctionnement, typique des sociabilités bourgeoises de la fin du XIXe siècle, que les premiers groupes d’holmésologues vont se construire.

« La mort de Sherlock Holmes », illustration de Sidney Paget, 1893

Les groupes de fans vont avoir une influence importante sur l’œuvre d’Arthur Conan Doyle. En effet, ils semblent être à l’origine de la légende apocryphe liée à la résurrection de Sherlock Holmes. Fatigué de son personnage et désireux de rédiger des romans historiques, Arthur Conan Doyle décide en effet de faire mourir son personnage en le précipitant dans les Chutes du Reichenbach en 1893. L’auteur aurait, sous la pression des clubs de fans, ressuscité temporairement le détective dans Le Chien de Baskerville en 1902, avant de continuer définitivement l’écriture de ses aventures à partir de 1905. Cette légende illustre une première différence avec les tolkienistes. En effet, alors que le fan du Seigneur des anneaux ne peut être actif que dans l’analyse d’une œuvre aboutie, le sherlockian, en diffusant cette histoire, se pose comme acteur du développement du support de son attention.

Support de communication de The Sherlock Holmes Society of London (www.baskervillebooks.co.uk)

Dans les années qui suivent le premier conflit mondial, ces sociétés de fans de Sherlock Holmes se développent pour atteindre le nombre d’environ 250 sociétés à la veille de la Seconde Guerre mondiale. L’Entre-deux-guerres voit également émerger les études holmésiennes, travaux scientifiques ou littéraires visant à combler les lacunes laissées dans la vie de Sherlock Holmes par Arthur Conan Doyle en nourrissant le canon des ouvrages « écrits » par le docteur Watson. C’est dans ce contexte qu’apparaissent deux sociétés incontournables : les Baker Street Irregulars à New York en 1934, créé par Christopher Morley, ainsi que son corolaire londonien, la Sherlock Holmes Society of London. Toutes deux se focalisent essentiellement sur l’analyse du « canon » de Sherlock Holmes à partir des 4 romans et des 56 nouvelles originelles, mais également sur les productions des études holmésiennes.

Page d’accueil de www.sherlockian-sherlock.com

La structuration des sherlockians repose encore de nos jours sur ce mode de fonctionnement de type « sociétés savantes » ayant au fil du développement des productions culturelles autour de Sherlock Holmes diversifiées leurs objets d’études. En effet, le détective est incarné dès les débuts du cinéma (il apparait à l’écran pour la première fois en 1903) et a été l’un des personnages de fiction les plus mobilisé sur les écrans. Aujourd’hui encore, les fans de la série télévisée de la BBC Sherlock s’identifient comme sherlockians et appartiennent à des sociétés analogues, quoique moins strictement structurées.

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