Stéphanie Bouvet et Olivier Pelletier, Visite Londres avec Sherlock Holmes, 2016, Graine 2

Sous l’influence de ses fans, Sherlock Holmes vise également à s’incarner dans la vie réelle. En effet, un certain nombre de supports permettent de traiter ce personnage de fiction comme un personnage réel et s’en servir pour lire le monde. C’est par exemple le cas des voyages, parfois véritables pèlerinages, organisés autour des lieux importants des romans de Sherlock Holmes, permettant de voyager et d’apprendre de façon abordable via une œuvre de fiction qui passionne durablement les foules.

Vue du Sherlock Holmes Museum, “221b” Baker Street, à Londres

Dans le même mouvement, certaines initiatives personnelles visent à faire du monde réel, le monde de Sherlock Holmes. Ainsi, la construction de plusieurs musées, hébergeant généralement des reconstitutions de l‘appartement londonien du 221b Baker Street vise à inscrire le détective dans un univers qui n’est plus simplement l’univers de la fiction. Pour ce personnage ancré dans une période passée mais ayant existée, la porosité entre le monde réel et le monde de la fiction est d’autant plus facilitée.

 

Page d’accueil du Sherlockian Game: The Lost Cases of Sherlock Holmes

De la même manière, mais dans un univers virtuel, le Sherlockian Game peut être considéré comme une œuvre de théorisation autour du canon de Sherlock Holmes. Ce jeu traite Sherlock Holmes et John Watson comme de véritables individus et donne l’opportunité aux fans de combiner histoire et littérature pour étudier à la fois le canon et le monde. Cette démarche se prête à des sujets très variés, y compris l’analyse des problèmes psychologiques de Sherlock (par exemple la possibilité de sa bipolarité), de son quotient intellectuel ou de sa date de naissance. Il pousse la forme originelle du mystère et du travail du détective jusque dans la lecture des romans, et utilise le personnage principal comme sujet de cette analyse. Cette approche est à l’origine de toute une subculture de la théorisation qui s’est surtout développée sur internet, autour des sujets les plus variés (jeux vidéo, romans et séries populaires divers, etc.)

Affiche du film Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, réalisé par James Hill, 1965

Enfin, la fiction permet également aux sherlockians de confronter des imaginaires réels et fictionnels. Ainsi, Sherlock Holmes s’insère depuis plusieurs décennies dans l’étude des crimes de Jack l’Eventreur (« Ripperology ») avec la création de travaux de fiction autour de la confrontation imaginaire entre les deux. Ainsi, le film de James Hill, sorti en 1965, Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, devient l’objet d’études et de critiques des sherlockians et des ripperologues. Cette confrontation perdure encore de nos jours puisque le jeu Sherlock Holmes, détective conseil (Ystari Games, 2011), possède un coffret entier consacré à Jack l’Eventreur.